Les coquelicots

Sarah courait déjà depuis un bon moment dans ce champ de coquelicots. Elle ne voyait plus ses frères.
Aveuglée par le soleil aride d’Alger, elle avait du mal à les rattraper.

« J’aurais du rester avec Saliha » maugréa-t-elle.

Sa robe de coton, trop grande et bien trop usée lui donna soudain un coup de chaud. Elle décida de s’arreter, là, au milieu des fleurs.
Ses coquelicots elle les aimait. C’etait son jardin secret de petite fille de dix ans.

Quand leur père etait rentré pour dejeuner, il avait piqué une colère noire contre Lyès. Armé de sa ceinture, il se dirigeait vers ce dernier quand Aziz s’etait interposé.

Il était l’ainé et du haut de ses treize ans, il pensait devoir subir toutes les punitions, justifiées ou non, à la place de ses frères et sœurs.

Cet acte de bravoure ne plaisait guère au patriarche qui voyait la dedans une forme de rébéllion et d’insolence.
Cela ne le contraria que d’avantage. Il s’en donna à coeur joie contre Aziz et Lyès. Les deux garçons retenaient leurs larmes au maximum pour ne pas excéder leur père.

Devant cette scène de violence, les deux petites soeurs s’etaient mises à pleurer. Saliha, la plus agée, tenait fermement sa soeur par la main. Il ne fallait pas bouger pour ne pas attirer l’attention. Elles auraient pu s’enfuir ou monter dans leur chambre. La peur et le choc les petrifiaient.

Abderrahman Deb était un bon fonctionnaire de l’ Algerie Française. Il conduisait des bus. Son poste etait jalousé et critiqué par certains « autochtones » du quartier. Il n’en avait que faire.

« Les Français, moi, ils ne m’ont rien fait! Toutes les semaines ils me payent un salaire et ça me va tres bien! »

C’etait un homme très intelligent, il avait été à l’ecole jusqu’à quatorze ans et avait reussi à se trouver « une place au soleil » comme disait les voisins. On le craignait beaucoup. Il etait sans pitié et on plaignait ses enfants qui subissaient son autorité quasi militaire et son manque total d’empathie et d’amour.

« Les enfants sont là pour obéir et servir leur père ».

Ce matin là Lyès etait de corvée de courses. Il n’avait malheureusement pas ramené, à temps, le poisson du marché afin que sa belle mere puisse le servir au dejeuner.

« Mais papa je te promets il y avait la queue, tout le monde voulait du poisson ce matin. J’ai fait au plus vite je te jure… »

M Deb ne supportait pas qu’on lui mente. Evidemment, il pensait que tout le monde lui mentait, il n’avait confiance en personne. Aussi il faisait usage presque tous les jours de sa fidèle ceinture de cuir.

Pour une fois la correction avait été de courte durée, le père devant retourner travailler. Les quatre enfants le voyant s’éloigner en direction de sa chambre, avaient pris la poudre d’escampette vers le terrain vague.

Ils n’avaient pas le droit d’y aller car il fallait traverser un chemin de fer jugé trop dangereux par leur pere.
Sarah n’aimait pas spécialement ce terrain vague. Il y avait beaucoup trop de gamins encore plus pauvres qu’elle, qui fumaient des cigarettes roulées et jouaient avec de la féraille rouillée.

Elle avait suivit ses freres pour ce champ de fleur qui se situait un peu avant le chemin de fer.

La mère des enfants était morte quand Sarah n’était encore agée que de cinq ans. Cette derniere n’avait pas beaucoup de souvenir d’elle. Ce qui lui manquait c’etait l’odeur maternelle.
Le père n’avait absolument rien gardé de Zohra sa premiere femme. Surtout lors de son remariage l’année suivante. Il fallait faire place à la « nouvelle maman ». C’etait comme si Zohra n’avait jamais existé. Il n’y avait aucune photo, aucun vetement, aucune odeur. Sarah s’etait au fil des années inventée des souvenirs. elle avait ainsi decidé que sa maman ne pouvait sentir que le coquelicot. Sa delicatesse, sa fragilité et son parfum correspondaient à l’image qu’elle voulait avoir de sa mère.

S’allonger dans ce champ c’etait un peu comme se blottir dans les bras de sa mere. Elle ne visualisait plus son visage mais elle sentait son odeur. Après chaque correction du père, elle éprouvait le besoin de s’y rendre pour oublier et rever.

A dix ans elle avait trouvé refuge dans son monde imaginaire et vivait son enfance aussi pleinement qu’elle le pouvait.

 

coquelicot

 

 

 

 

 

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L’Etranger, Camus

« Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »

Ce bouquin je l’ai lu et adoré il y a 17ans!

Le fait d’avoir une memoire de poisson rouge, me permet de relire les memes livres plusieurs fois avec toujours autant de passion, d’intérêt et d’émerveillement !

Mais lire l’Etranger à 30ans ce n’est pas comme le découvrir à 15 ans. L’expérience de la vie d’adulte, la vie amoureuse, les malheurs de la vie, aussi, nous donnent une approche différente de nos lectures.
De nouvelles interrogations, de nouveaux sentiments ou ressentiments nous assaillent. On lit avec un niveau supérieur.

La mort, par exemple, ne me parlait pas vraiment à 15ans. Aujourd’hui, la mort de La mère de Meursault est une epreuve que j’ai connue, non pas personnellement, mais via des amis proches.
Je considere aujourd’hui la mort alors qu’à 15ans je ne la ressentais pas, elle ne me touchait ni ne m’effrayait pas.
L’amour, celui de Marie pour Meursault. Marie qui parait si legere et naive. Meursault taciturne, qui se laisse volontier faire, ne dit jamais non mais n’a que tres peu d’envie finalement. Cette relation, je ne pouvais la concevoir dans ma tete d’ados cartésienne et vierge de tout sentiments amoureux. Aujourd’hui je la conçois, je la comprends et je la pardonne.

Car oui cette relation amoureuse est terrible.

Ces deux amants sont ensemble mais sans vivre la même relation.
Quand la pétillante Marie est une passionnée amoureuse et pleine de projets, Meursault n’est qu’un taciturne sans ambition ni autre interet que celui de ne pas trop déranger ni trop se fatiguer. L’homme du besoin de rien envie de rien. Il marche sans but, se retrouve par hasard à des moments clés de sa vie. Il n’a d’envie que celles évidentes, qui s’offrent à lui sur l’instant sans trop déranger sa routine. Il n’y a vraiment que lors de son séjour en prison qu’il se met à rever, à avoir envie de femme, de liberté, de vie. Il est deja trop tard. Il subit ce qui lui arrive alors que finalement c’est lui qui a provoqué cette issue par son absence d’action.

D’ailleurs on oublie qu’il a eu un acte, un geste, celui de tuer quelqu’un. Cet acte est presque gommé par Camus. Il élude l’acte de Meursault, il n’en garde que les conséquences.

Amour et Mort se conjuguent sur fond de passivité. Celle du personnage principal.
Voilà un passage issu du volet amoureux. Celui qui m’a le plus interpellée, forcement « l’experience précède l’essence » [Sartre]. Mon experience m’amene à m’arreter sur ce que je connais ou me concerne, de près ou de loin :)

Extrait du chapitre 5 (1ère partie) “La demande en mariage”

Le soir, Marie est venue me chercher et m’a demandé si je voulais me marier avec elle. J’ai dit que cela m’était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l’aimais. J’ai répondu comme je l’avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l’aimais pas. « Pourquoi m’épouser alors? » a-t-elle dit. Je lui ai expliqué que cela n’avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier.

D’ailleurs, c’était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui. Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J’ai répondu : « Non ». Elle s’est tue un moment et elle m’a regardé en silence. Puis elle a parlé. Elle voulait simplement savoir si j’aurais accepté la même proposition venant d’une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J’ai dit: « Naturellement. »

Elle s’est demandé alors si elle m’aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point.
Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j’étais bizarre, qu’elle m’aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons. Comme je me taisais, n’ayant rien à ajouter, elle m’a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu’elle voulait se marier avec moi. J’ai répondu que nous le ferions dès qu’elle le voudrait.

Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m’a dit qu’elle aimerait connaître Paris. Je lui ai appris que j’y avais vécu dans un temps et elle m’a demandé comment c’était. Je lui ai dit: « C’est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. »

Puis nous avons marché et traversé la ville par ses grandes rues. Les femmes étaient belles et j’ai demandé à Marie si elle le remarquait. Elle m’a dit que oui et qu’elle me comprenait. Pendant un moment, nous n’avons plus parlé. Je voulais cependant qu’elle reste avec moi et je lui ai dit que nous pouvions dîner ensemble chez Céleste. Elle en avait bien envie, mais elle avait à faire. Nous étions près de chez moi et je lui ai dit au revoir. Elle m’a regardé: « Tu ne veux pas savoir ce que j’ai à faire? » Je voulais bien le savoir, mais je n’y avais pas pensé et c’est ce qu’elle avait l’air de me reprocher. Alors, devant mon air empêtré, elle a encore ri et elle a eu vers moi un mouvement de tout le corps pour me tendre sa bouche.

L'Etranger Camus

Mise en scène Kamel Ouali

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Passion et pain au chocolat

La passion est éphémère.
La passion evolue.
La passion dévore.

Elle nous tue ou nous transcende.
Elle est cette emotion forte qui nous fait croire que l’impossible est possible. Que l’amour sauvera le monde et que le pere noel existe :).

La passion d’une nuit ou celle d’une vie…

Elle nous anime et nous guide vers le bonheur ultime. Le sexe, l’extase, l’union, la fusion, l’amour.

Encore faut il l’accepter pour la vivre jusqu’au bout…
Parce qu’il y a un bout? Une fin? Une érosion?
Pas forcément.

La plupart, de ceux qui auront lu Begbeder, soutiendront que l’amour dure 3 ans et la passion 3 mois…
Et si finalement cette dernière etait éternelle ? Parfois en sommeil, parfois en eveil. Parfois muette, parfois expansive ! Cette emotion subit les aléas de nos vies. Fatigue, stress, mais elle persiste et signe… Elle reste là, tapie dans un coin ne demandant qu’à s’exprimer.

Elle effraie, elle seduit, on la fuit, elle ennivre, elle nous submerge…
Il faut etre fort et à la hauteur pour l’accepter et la vivre pleinement. La peur nous empeche, l’optimisme nous entraine.

L’optimisme. Oui selon sa nature profonde on se laissera ennivrer au risque de chavirer… Si l’on est pessimiste on s’empechera, se raisonnera, on restera là à « survivre », à vivre une « non vie »
Je suis une hedoniste, une meuf sous LSD qui croit au bonheur et au père Noël!

Entre passion et raison ce n’est pas un choix, c’est une evidence, une realité. Ma vie est rock n roll et je l’aime ainsi.

That s who I am, for the best and for the worst. J’aime ce que je vis.

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9h11, l’heure de mon p’tit pain au chocolat…

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